retour à www.afriblog.com
Ne rien oser dire de faux
Dire tout ce qui est vrai
 qui suis-je ?
 

Fiche Afriblogueur

Hamid Bousselham
Ne rien oser dire de faux...sachant que la roche tarp«±enne se trouve pr«²s du Capitole.

hamidbousselham@yahoo.fr
USA
   
 
Ajoutez une
réaction
   
  Mes blogs amis
 
creations africaines
[ + à vos blogs amis ]
   
   
  Les sites associés
 
Un homme qui crie

Africultures
Afriphoto
sudplanete
Africiné
Revues plurielles
AfriThéâtre
Afrilivres

 

 

 
La femme Algérienne et le 08 mars... un parcours d’épreuves et d’éspoir
Publié le : 21/01/2007 18:58:00
Bas de page
     La célébration annuelle de la journée internationale des femmes, fut décidée un 8 mars 1910 à Copenhague, par des déléguées de plusieurs pays, réunies sous l'impulsion de la polonaise Clara Zetkin. En commémoration de la première manifestation de femmes à New York, le 8 mars 1857; des ouvrières qui réclamaient entre autres l'égalité avec les hommes du temps de travail et des salaires.
     Mais c'est au lendemain de la deuxième guerre mondiale que les organisations de femmes qui avaient lutté contre le fascisme et le nazisme en firent une réalité et qu'elle fut célébrée par la suite à travers le monde.
     En Algérie la première organisation féminine à célébrer le 8 mars fut l'U.F.A (union des femmes d'Algérie) d'obédience communiste. Elle était composée essentiellement d'européennes et dirigée par Lucette Larribère (Mme Hadj Ali).
     L'AFMA (Association des Femmes Musulmanes Algériennes) créée en juillet 1947, au moment où le P.P.A (Parti du Peuple Algérien) s'érigeait en M.T.L.D (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) était la première organisation féminine composée uniquement de femmes musulmanes. Elle était dirigée par celles qui avaient auparavant milité dans les premières cellules féminines clandestinés du P.P.A en 1946. Des étudiantes de l'université française qui en tant que telles militaient également à l'AEMAN (l'association des étudiants musulmans d'Afrique du Nord), et des enseignantes en arabe des medersas libres du P.P.A et de l'association des oulémas. Je citerai parmi les dirigeantes et les responsables à différents niveaux : Nefissa Hafiz, chez qui se réunissaient les premières cellules féminines du P.P.A, Malika Mefti, Baya Larab, Salima Belhaffaf, Nassima Hablal, Meriem Benouniche,Zohra Tobiche, Izza Bouzekri, Mina Bouameur, Zoreida Safir, Baya Nouari, Zoubida et Farida Saker, Manouba Khaked.
     Le but de l'AFMA était d'amener les femmes à adhérer au mouvement national en vue de la libération du pays et de son indépendance totale; et de ce fait, prendre conscience de leur importance dans la société. Mais il n'était pas question alors, ni un peu plus tard au cours de la lutte armée, de réclamer des droits spécifiques pour la femme, alors que le peuple en entier, hommes et femmes, ployait sous le joug colonial.
     C'était le peuple en entier qui était appelé dès cette époque là à se mobiliser dans un seul but : l'indépendance nationale.
     C'est dans ce contexte que je fus invitée en tant que présidente de l'AFMA, dont la secrétaire générale était Nefisa Hamoud et la secrétaire générale adjointe Fatima Zekkal, à participer pour la première fois, à un meeting organisé par l'UFA, le 08 mars 1950 à la salle Padovani (El Kettani) de Bab el oued. Je me souviens d'avoir fait applaudir le P.P.A et sa lutte pour l'indépendance, en faisant sur ce sujet une citation de son

président Messali El hadj, devant un auditoire qui ne partageait pas forcément le même point de vue. Mais j'avais auparavant fait fortement applaudir une citation de Staline, puis de Roosevelt sur la nécessaire libération des peuples colonisés.
     C'est par l'intermédiaire de l'U.F.A que les premiers contacts eurent lieu entre l'A.F.M.A et la F.D.I.F (Fédération Démocratique Internationales des Femmes) et qu'ainsi nous parvint pour la première fois une invitation à assister a un congrès de la FDIF à Genève. Nefissa Hamoud notre secrétaire Générale représenta notre organisation dans cette grande rencontre internationale.
     C'étaient là les prémices qui firent qu'après le déclenchement de la lutte armée, la FDIF contribua pour une bonne part à faire connaître la lutte du peuple Algérien et en particulier le rôle et la place que tenaient les femmes dans la guerre de libération menée par le FLN et l'ALN. Le 1er novembre 1954 était la suite logique de l'action de milliers de militants. L'AFMA fut dissoute en même temps que le M.T.L.D et c'est a titre individuel que la plupart des militantes de notre organisation rejoignit les rangs du F.L.N. A partir de là et parce que j'avais été la présidente de l'AFMA, je fus étroitement surveillée, jusqu'à ma première expulsion en novembre 1955. La loi sur l'état d'urgence ayant pris fin avec la dissolution de l'Assemblée Nationale je pus revenir à Alger en janvier 1956. Entre temps Nassima Hablal avait été arrêté le 5 décembre 1955. C'était la première femme dans ce cas à Alger.
     Au cours du même mois Nefissa Hamoud avait déjà fait un premier séjour au maquis (wilaya III) d'où on lui confia la charge d'assurer à Alger une formation médicale à tous ceux qui devaient rejoindre le maquis.
     Je la retrouvais donc, entièrement engagée dans le FLN qui commençait à prendre un grand essor sous l'impulsion de Abane Ramdane. Je la rejoignis dans une cellule de liaison et d'hébergement chargée plus spécialement de Abane et de Benkheda. C'est chez elle que je vis Abane pour la première fois. Quant à Benkhedda nos chemins s'étaient croisés plus d'une fois, aussi bien au PPA qu'à l'AEMAN.
     Abane me demanda de lui préparer une étude sur les différentes possibilités d'utilisation des femmes dans la lutte, particulièrement en milieu urbain. il eut l'air satisfait de mon travail .Il s'en est peut être inspiré pour la plateforme de la Soummam. Il fallait absolument trouver des lieux extrêmement sûrs où ces responsables, recherchés par toutes les polices d'Alger, pouvaient dormir en toute sécurité, en général pas plus d'une nuit. Ils devaient changer de lieu très souvent.
     El là le problème de l'entourage se posait parfois avec acuité. Je citerai l'exemple de Nefissa. Elle était célibataire. Son lieu d'habitation était également son cabinet de travail. Elle avait engagé une femme célibataire qui vivait avec elle : Louisa. Cette dernière vit brusquement de plus en plus d'hommes entrer et sortir, se réunir, et même passer la nuit (ce fut le cas de Abane). Visiblement elle se posait de gros points d'interrogation. Nefissa inquiéte m'en fit part. Je lui conseillais de l'affranchir sans lui donner trop de détails. Ce serait moins dangereux que de la laisser dans l'ignorance. Ce qui fut fait, et Louisa fut admirable pendant toute cette période.
     Baya Larab qui avait accepté d'héberger Abane et Benkhedda, s'est retrouvée à peu prés dans la même situation. Elle vivait avec sa mère, sa soeur et sa vieille grand mère. La première nuit qu'ils passèrent chez elle, elle avait dit à sa mère : "ce sont des cousins de Mamia, elle a déjà du monde chez elle et m'a demandé de les héberger pour un temps". ce qui parut normal a "Khalti" Fetta, étant donnés les liens d'amitié qui existaient entre nous. Ce qui le fut moins, c'est lorsqu'elle découvrit le lendemain matin, un revolver sous l'oreiller de Abane, alors qu'elle arrangeait son lit pendant qu'il était à la salle de bains. Baya ne sut quoi lui dire et m'en informa. Je lui donnais le même conseil qu'a Nefissa: affranchir toute la maisonnée.

     C'était, je crois, la meilleure des protections, comme la suite des événements le prouvera.
     Baya continuera longtemps à militer et héberger, sans éveiller les soupçons de la police, même après le départ de Abane et Benkhedda et la dislocation de notre cellule à la suite du départ de Nefissa au Maquis et de ma deuxième expulsion.
     Des cellules dans le genre de la nôtre, il en exista certainement un grand nombre, autour de Abane, comme autour d'autres responsables, mais avec un cloisonnement total entre elles.
     Pour illustrer le secret absolu qui entourait nos activités je citerai mon propre exemple...mon mari ignorait tout de mon engagement et de mes activités. Un soir de ramadhan 1956, Abane se trouvant chez Baya demanda à Nefissa et à moi-même de le rejoindre pour une réunion de travail. Je dis à mon mari que j'étais invitée à une veillée chez khalti fetta. Il trouva cela normal, étant donné qu'a la casbah, le mois de ramadhan était le seul de l'année, où les femmes sortaient seules le soir, pour aller veiller les unes chez les autres.

     La réunion se prolongea et je ne rentrais à la maison, que quelques instants avant minuit, heure du couvre-feu, qui voyait les rues brusquement se vider. Je fus fraîchement accueillie par mon mari qui était très inquiet, mais je ne lui ai rien dit sur la véritable raison de mon retard.
     Lui-même militait et avait, avec le même Abane, de semblables réunions dont j'étais dans l'ignorance la plus totale, au point qu'un soir, m'ayant dit qu'il allait veiller avec des amis, il ne rentra qu'a six heures du matin, après la fin du couvre-feu, me laissant en proie à une folle inquiétude. C'était l'époque de la préparation de la future plateforme de la Soummam qui était en discussion dans sa cellule.
     (Ce n'est que plus tard, lorsque nous fuîmes tous deux hors d'Algérie que ce secret fut levé).
     Puis un beau jour, il y eut des arrestations de militants qui se réunissaient chez Nefissa. Elle fut obligée de rentrer brusquement en clandestinité et rejoignit le maquis peu de temps après. Je ne la revis plus jusqu'à la fin de l'année 1959.
     Peu de temps après le départ de Nefissa, dans la nuit du 23 au 24 mai, (quelques jours après le déclenchement de la grève des étudiants) l'armée française déclenche les premières grandes vagues d'arrestations. La Casbah et Belcourt sont investis. Arrêtée avec un grand nombre de militants de mon quartier, je fus retenue une grande partie de la journée à la gendarmerie du boulevard de Verdun dans la haute casbah, puis transférée au commissariat central. j'y retrouvais Fatima Benosmane qui avait été arrêtée à Belcourt dans les mêmes conditions. Nouveau transfert à la préfecture et long interrogatoire où le nom de Abane revenait souvent. Puis on me signifia comme on l'avait fait pour Fatima, un ordre d'expulsion. Explication: la prison de Berrouaguia qui était la destination de ceux qui avaient été arrêtés à la casbah n'était pas en mesure d'accueillir des femmes.

     C'était ma deuxième expulsion. Elle m'a permis d'échapper à la terrible répression qui suivra la "grève des 8 jours" et "la bataille d'Alger" un peu plus tard. Elle frappera sans distinction les hommes et les femmes. Ces dernières ont payé un lourd tribut, que ce soit dans les villes ou les campagnes. Moudjahidates, fidaiyates, moussabilates,elles joueront un rôle précieux, aussi bien dans les groupes armés, que dans les réseaux urbains.
Mais c'est surtout dans les campagnes que la grande masse des paysannes sera d'un puissant soutien aux groupes armés, leur assurant ravitaillement et repos.
     Pour illustrer ce rôle vital, je citerai une partie d'un texte préparé début 1960, dans le but de faire connaître aux femmes du monde entier la participation de la femme dans notre guerre de libération.….
"Dans les campagnes, c'est la masse des femmes Algériennes qui participe à la lutte de libération. Pour se rendre compte de l'importance de cette participation, il faut rappeler l'implantation très forte de la population européenne et de l'armée française dans l'intérieur du pays. Du nord au sud et de l'est à l'ouest, le moindre village, la plus petite ferme sont fortement occupés.
     Les groupes de l'armée de libération nationale, qui sont camouflés, parfois à portée de voix d'homme, des soldats français, parviennent cependant à rejoindre ces lieux où ils doivent se ravitailler et se reposer.
Les groupes armés se déplacent la nuit, et c'est la nuit que les femmes se mettent au travail.
     Lorsqu'un groupe arrive après avoir parcouru parfois 50 Kms à pied, tout est organisé pour le recevoir. Les repas sont déjà prêts. Pendant que les combattants se reposent, les femmes assurent le guet, prêtes à donner, l'alerte si besoin est, Elles font la lessive, préparent la galette, et lorsque la nuit suivante est là, ils repartent reposés, propres avec les bénédictions des femmes du village.
     Pendant les campagnes de ratissage qui durent parfois de longs mois, de vastes régions sont encerclées,
par l'armée française et « passées au peigne fin ».
     Un véritable blocus est organisé. la faim tenaille toute la population : combattants, vieillards, femmes et enfants, mais les groupes armés sont de plus en plus insaisissables. Après la faim, c'est la terreur, l'aveugle répression afin que les populations ne soutiennent plus les combattants de l'ALN et que ceux-ci soient acculés à se rendre.
     Pendant ces dures périodes, les femmes sont de plus en plus admirables, rien ne les fera faillir à leur devoir.
     Elles verront brûler leur maison, torturer et égorger les êtres les plus chers, subiront elles mêmes la torture et les pires humiliations, mais demeureront inébranlables.
     Lorsqu'une région à été " ratissée " et ce qui reste de ses habitants, déplacé vers les camps de regroupement, elle est surveillée par avion et par hélicoptère : tout ce qui y bouge est automatiquement mitraillé.
     Parfois les combattants, et ceux des habitants qui ont pu échapper à l'armée française, sont réfugiés dans une forêt voisine. Les femmes, souvent au péril de leurs vie, reviennent dans le village désert et dévasté, et silencieusement, avec le moins de déplacement possible, elle essayent de récupérer de quoi nourrir ceux qui les attendent dans la forêt…..".
     Cette participation massive des femmes à la lutte de libération à l'intérieur, aura son prolongement à l'extérieur. Un certain nombre d'entre elles se retrouva pour des raisons multiples, dans les pays frères du Maroc ou de Tunisie. Elles devinrent les portes voix de celles qui continuaient à subir avec leur peuple, les affres d'une guerre sans merci. Je ferai partie de celles-la.
     Que ce soit au sein de la FDIF, du mouvement afro-asiatique, africain ou arabe, le but principal était de faire connaître la réalité de notre lutte de libération, le rôle que les femmes y jouaient, et demander un soutien politique et une aide matérielle pour les centaines de milliers de réfugiés aux frontières tunisiennes et marocaines.

     Nefissa Hamoud, après sa deuxième arrestation au maquis et son passage par trois prisons et un camp d'internement, fut échangée par l'intermédiaire de la CRI (Croix Rouge Internationale) et du CRA (Croissant Rouge Algérien) avec un prisonnier français. Après de multiples péripéties elle put rejoindre la Suisse et participer aussi à cette bataille de l'extérieur.
     Et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvées a Copenhague en 1960 pour représenter le F.L.N et les algériennes dans une grande rencontre internationale, célébrant le cinquantenaire de la journée internationale des femmes.
     Nous avons dû mener une dure bataille pour que le problème algérien soit mentionné dans l'unique document final dans lequel on voulait éviter d'évoquer les problèmes qui fâchent. On était à l'époque du début de la " coexistence pacifique ".
     En résumé, tout cet immense travail fait,à l'intérieur comme à l'extérieur, par les hommes et les femmes de notre pays, les énormes sacrifices consentis par notre peuple et sa farouche résistance à l'une des plus puissantes armées de l'époque, aboutit aux Accords d'Evian et au cessez le feu du 19 mars 1962, suivi du référendum du 3 juillet. C'était la fin d'une longue et douloureuse guerre.

     L'indépendance de notre pays acquise, les femmes pouvaient alors penser à leurs droits, leur promotion et leur intégration totale dans la société.
     La journée internationale des femmes sera célébrée pour la première fois en 1963 par un grand défilé dans les rues d'Alger, suivi d'un grand meeting.

     Elle sera par la suite, et au fur et à mesure du développement du mouvement féminin et de ses organisations, pratiquement institutionnalisée et célébrée à travers tout le territoire national.
     Malgré le fait qu'en ce qui concerne le problème de la femme il existe des insuffisances, des erreurs et certains blocages, il n'empêche que les femmes sont présentes dans tous les secteurs d'activité du pays, et même dans les plus hautes institutions.
     Mais la lutte pour la concrétisation de l'égalité en droit des hommes et des femmes doit s'accentuer et concerner tout le monde: dirigeants, institutions et société civile. Les femmes doivent se mobiliser et prendre une grande part à ce combat.
La Moudjahida Mamia Chentouf
Ajoutez une réaction

[ Envoyer ]
Liste des réactions
gCYCIp
13/03/2010 20:23:45

[lire le détail]
Haut de page