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Sans rien me demander, mes parents m'ont porté au monde, sur un coin de terre qui s'appelle le Togo, dans une couleur de peau marron que le monde appelle noir, au sein d'une culture alien, héritage traditionnel métissé à la sauce d'un passé colonial et d'un présent mondialisé, sur un continent dont la misère fait étrangement mentir le riche potentiel humain, culturel, agricole et minier ; et depuis je suis soumis à la dictature de vivre. Je pense que ma situation est semblable à celle de nombre de jeunes africains nés dans cette Afrique-là qui ne sait capter l'attention des medias mondiaux qu'à travers ses interminables conflits, ses misères, ses « crève-la-faim » qui s'en vont noyer leurs rêves sur le littoral européen ; cette Afrique qu'on dit toujours en émergence. Je ne veux plus être en émergence ; j'émerge et je définis mon quota de respiration.
Je ne sais à quel moment j'ai pleinement pris conscience de mon appartenance à l'espèce des ruminants. Ce que je sais par contre : régulièrement des pans entiers du monde s'offrent un séjour dans mon ventre puis, avec l'urgence d'une diarrhée bicyclette, me remontent à la gueule et, à défaut de crier, j'écris ; c'est la part de mon ventre que je me donne l'illusion d'ajouter au monde. Je me joue la farce d'y croire et je me tords comme le gamin qui s'amuse du bon tour qu'il vient d'exploser à la face de son petit monde. Peut-être, j'y crois vraiment ; peut-être bien que cette croyance n'est elle-même qu'une farce qui m'a précédée. Ce dont je suis certain : ruminant farceur, voilà la part de moi que je mets au monde.
Je finirai en citant Kossi Efui: "mes racines sont aériennes"
Je vous invite à lire mon carnet de détention à la page suivante
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