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Il y a cinquante ans, la bataille du erg
Le 2 janvier 1958, le jeune Harkati Mustapha est assassiné sur la place centrale de la petite ville d'El Golea. Les sentinelles de la caserne centrale de la légion Etrangère l'avait criblé de balles et personne ne sut jamais ce qui s'etait passé . Mais quelques jours auparavant l'establishment colonial, économique politique et diplomatique avait été sérieusement ébranlé .Une épopée des maquisards du sud ou le courage et l’audace se conjugue avec le sacrifice suprême venait de s'achever…
Le projet « Sahara français »
1956, la guerre d’Algérie fait rage. En janvier de la mémé année, le pétrole est découvert pour la première fois au Sahara, à Edjeleh, dans la région d’In Amenas, Fort Polignac à l’époque. En juin, on enregistra la découverte du plus grand champ pétrolier algérien, Hassi Messaoud.
Tout de suite après, on se mit à réfléchir au niveau des plus hautes instances de l’Etat français sur la manière de séparer le Sahara du reste du territoire algérien et d’en faire une entité à part.
C’est Houphouët Boigny, futur président de la république de Côte d’Ivoire, alors ministre d’Etat du gouvernement Guy Mollet, qui élabora un projet , approuvé par l’Assemblée et qui fait l’objet d’une loi, promulguée le 10 janvier 1957, portant création de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS).
Le 10 Mars ,le général de Gaulle arrive à Colomb-Béchar pour une tournée, privée, au Sahara. . A Hassi Messaoud de Gaulle déclare : « Ces richesses pétrolières vont changer les conditions matérielles et morale de la France. »
le 7 août 1957 allait intervenir, au plan juridique et administratif, la séparation définitive du Sahara du reste de l’Algérie et l’érection des deux départements de la Saoura et des Oasis, départements sahariens de la République Française.
La riposte algérienne
Dans le Sud algérien , après, le flottement qu’ont connu toutes les régions du pays, surprises par l’explosion du 1° novembre 1954, les militants locaux réagissent en organisant les premiers maquis et portent les premières attaques contre les objectifs français.
A Bechar, une pépinière de jeunes commence à s’organiser Cheikh Bendjoudi. Slimane Ben Lekhdim, dit Choaib , Kermoud, Diffalah, Benkheira .
Le 1er janvier 1955, on enregistra les premières attaques contre le train Bechar-Ain Sefra. 17 juin 1956, une série d’attentats secoue la ville et surprennent les autorités coloniales. Une bombe déposée au bar « L’Oasis » fait plusieurs victimes parmi les militaires français.
Dans la région d’El Golea ,qui présentait par sa situation géographique l’avantage de rayonner sur tout le Sahara, pouvant créer la liaison entre les wilaya 5 et 6 en plein réorganisation , d’autres militants tissaient les premières.
Parmi eux, Harkati Mustapha, cadre lettré et déterminé. Dans la perspective d’étendre l’organisation politico-militaire plus au Sud Harkati s’établit à El Golea dans le but de mener un travail de sensibilisation des populations locales. Bien que lettré, Le jeune Harkati exerçai alors le métier de routier dans une société pétrolière. Ce qui lui facilita les contacts dans toute la région du Touat, Gourara, Tidikelt, de tisser les premiers réseaux ALN et FLN et de mettre en place un ingénieux système d’acheminement des armes et des munitions. Et c’est ainsi il réussit également à prendre contact avec certains éléments indigènes de l’armée française, méharistes et autres. L’objectif était d’attaquer les installations pétrolieres coloniales
Les installations pétrolières, nouvellement installées sont les premières cibles du FLN-ALN . Des l’année 1956, les attaques des maquisards de El Haoues entravent l’avancement des forages de la SN Repal dans la région de Sidi Khaled, Hassi Messaoud et Hassi el Hamra et l’explosion enregistrée en juillet 1956 au puit d'Hassi Messaoud n’est pas probablement pas le fait d’une bulle de gaz mais bien un sabotage.
En mars 1957, le commandement de la nouvelle wilaya 5 organise la zone 8 (mintaka 58) par un travail de coordination et d’unification des maquis montés spontanément par les jeunes militants des région du sud-ouest des 1955.
Et c’est donc ainsi que ce 17 Octobre 1957 , ce groupe de méharistes « travaillé » depuis plusieurs mois par des militants FLN-ALN de la région sud et stationné entre Timimoun et El Golea , au lieu dit Hassi Sakka désertent des rangs de l’armée française après avoir éliminé les huit officiers et sous-officiers français qui les commandaient. Ils se dirigerent par la suite vers El Golea suivant laligne des points d’eaux.
Les autorités françaises mettront deux jours pour s’apercevoir de la disparition de leur unité de méharistes. Ce qui donnera le temps aux soixante méharistes pour disparaître dans les profondeurs de l’erg occidental avec leur butin de guerre…..En fait le groupe se retire au lieu dit Hassi Djedid ou ils se joignirent à un autre groupe d’ l’ALN chargé de les recevoir.
Le 7 Novembre 1957, les méharistes intégrés dans une unité de l’ALN réapparaissent soudainement et porte une attaque foudroyante contre le convoi d’une société pétrolière entre Timimoun et El Golea
Les 5 légionnaires chargés de la protection de la base pétrolière surpris sont faits prisonniers. 7 ingénieurs de la société pétrolière et tous les ouvriers civils du camp sont eux aussi faits prisonniers. Les armes des militaires sont récupérés, du matériel et des approvisionnements sont saisis, les véhicules incendiés.
Le FLN qui avait annoncé l’ouverture du Front Sud s’empresse d’exploiter cette victoire et rendre public un communiqué triomphant .Le communiqué militaire n°10 de la Direction de la Révolution est rédigé comme suit : « Front Sud. Les unités de l’ALN intensifient leurs actions. Les 6,7 et 8 novembre 1957, un important convoi ennemi, fortement escorté, transportant du matériel lourd de prospection et un fort contingent de spécialistes en recherches pétrolières a été attaqué par les unités de l’ALN au nord de Timimoun ». Ce communiqué est rapporté par les journaux français, notamment le Figaro du 11 novembre.
Panique dans les milieux pétroliers et dans la presse :
Cette attaque fait l’effet d’une bombe à Paris et à Alger. Le Figaro du 11 novembre 1957 titre « ouverture du Front sud et publie le communiqué du FLN .Gros titres dans la presse parisienne : « Le pétrole saharien menacé ! ». Paris-Match à l’affût du sensationnel, rapporte :« Sahara : l'attaque de la colonne pétrole »L Le très sérieux « le Monde » tente de rassurer « les rebelles et les méharistes musulmans …ont été rejoint et mitraillés par l’aviation ».
Mais tout cela n’est pas très rassurant, les milieux pétroliers sont inquiets et la presse algéroise se fait leur porte-parole : l’Echo d’Alger » avertie : « les compagnies de recherches pétrolières demandent la protection de l’armée. A Paris en effet, dans les milieux pétroliers c’est la panique : « le pétrole saharien est en danger ! »
Les milieux pétroliers sont affolés.. Ces compagnies qui jusqu’alors avaient évité d’établir des contacts avec les autorités militaires pour garder « un certain secret autour de leurs recherches réclamaient la protection de l’Etat. Le pouvoir français est sommé de protéger les installations et chantiers de recherche des sociétés pétrolières. Le gouvernement doit réagir, réagir vite et avec force !
Aussi pour éradiquer au plus vite ce maquis saharien, il fut décidé de porter un grand coup. Robert Lacoste décide d’une intervention spectaculaire, « pour éviter le pourrissement de la situation ». On fit appel à l’un des plus prestigieux officier français, le lieutenant-colonel Bigeard et ses paras du " 3 RPC, celui qui avait fait ses preuves dans la bataille d’Alger.
Bigeard à la rescousse
Dans ses mémoires, Bigeard se rappelle : « je reçus un message urgent du général Salan : «Vous avez pleins pouvoirs ! Vous avez carte blanche ! Il faut créer le choc nécessaire et impératif suite à cette attaque des pétroliers. Trouver et éliminer les méharistes déserteurs par tous les moyens. !»
Et on ne lésina pas sur les moyens ! On mit à la disposition du colonel Bigeard, commandant du 3ème R.P.C., tous les moyens matériels et humains pour mener à bien sa mission. Le 3ème RPC est aérotransporté à partir de Blida à Timimoun via Bechar par une vingtaine de N 2501. Trois N-2501, trois JU-52 et une douzaine d'hélicoptères. Pas moins de 1570 parachutistes parfaitement entraînés et équipés, des unités de la Légion Etrangère, une multitude de véhicules de transport adaptés au milieu saharien.
Le 13 novembre, suivant les instructions du général Salan, Bigeard débarque à Timimoun , « un point de verdure dans ces immensités désertiques, très belle oasis …mais malheureusement ce n’est pas le moment d’apprécier ces sites magnifiques » note-t-il dans ses mémoires . Il est reçu par le commandement de la place qui lui fait un rapport détaillé sur la situation : « mes unités sont sur le terrain, les avions tirent sur tout ce qui bouge dans le désert, mais pas trace des rebelles ! » avoue le commandant de la place Effectivement, les avions français tiraient tout ce qui bougeait, y compris les paisibles campements de nomades et les troupeaux de dromadaires…
Bigeard s’installe avec son état-major et les premiers moyens de transmissions. Le commandant de la place le convie avec ses officiers à un déjeuner. Des domestiques algériens font le service ; Bigeard tique et met en garde : « Ces domestiques musulmans sympathiques et souriants sont probablement des rebelles ! Attention, je suis convaincu que les rebelles sont parmi nous . »
Le 14 novembre, Bigeard prend ses quartiers à Timimoun et commença le « travai ». Première décision il ordonne l’arrestation des ouvriers algériens travaillant pour la société pétrolières et qui purent s’échapper lors de l’attaque du convoi par les méharistes.
Le 15 novembre, après avoir fait le point de la situation à Timimoun, Bigeard s’impatiente. Une partie des hommes et des equipements demandée n’est pas encore arrivée. il adresse un message au général de région à Bechar lui soumettant son plan travail et le pressant de lui envoyer les moyens et troupes promit. Le jour même, Bigeard reçu une délégation de patrons de sociétés pétroliers qui mirent à sa disposition leur flotte de véhicules Land-Rover « plus appropriés que mes jeeps dans les déplacements au Sahara ».
Le 15 , au soir , Bigeard ayant reçu les moyens promis, commença le travail de recherche. Bigeard est un peu perdu : « Comment trouver les rebelles déserteurs dans ces immensités désertiques hostiles, dans cet ocean mer de dunes, avec une chaleur insupportable, les tempêtes de sable, le manque d’eau ? » écrit-il dans ses mémoires.
Les unités de commandos, les avions et les hélicoptères quadrillent toutes la région autour deTimimoun. Bigeard travaille en collaboration avec le général Katz et le 1er R.E.P. sous les ordres de Jeanpierre dans la région de El Golea.
Le 16 novembre, les avions et les hélicoptères comme les unités au sol retournent à la base, le soir, bredouilles. Les rebelles ont totalement disparu ! Le 17, les recherches et autres ratissages sont toujours infructueuses. Le 18, « toujours rien à signaler » note Bigeard dans ses mémoires, déçu. le 19 …
Le 19, les politiques commencent à s’inquiéter à Paris .La hiérarchie militaire s’impatiente. Le général arrive de Colomb-Béchar pour faire part à Bigeard des inquiétudes de Paris. Pourtant à Paris, toute la presse claironne triomphalement « les commandos de Bigeard parachutés au Sahara… », histoire de remonter le moral au pétroliers ….
Ne pouvant atteindre les méharistes qui se sont évanouis dans le Sahara, Bigeard, se retourne contre les populations civiles. En spécialiste de la lutte antiguérilla il s’attacha à la collecte des renseignements. Et pour collecter les renseignements, Bigeard avait expérimenté des méthodes lors de la bataille d’Alger. Timimoun et les paisibles ksour qui gravitent autour connurent alors « les techniques Bigeard » ; tortures, exécutions sommaires, bombardement tout était bon pour obtenir les renseignements ou au moins terroriser la population et lui faire passer l’envie de passer au FLN. Tout Algérien était suspect.
Le 20 novembre « Ce travail de fourmi qui consiste en collecte de renseignements,leur vérification , leur recoupement a permit l’arrestation de 90 personnes à Timimoun et la récupération de 32 armes », sous-estimant volontairement l’ampleur de la répression que ses commandos menaient contre les paisibles ksouriens .A défaut d’atteindre les maquisards de l’ALN que le désert semble avoir avalé , Bigeard livre à sa hiérarchie impatiente et inquiète les premiers résultats : des centaines de paisibles ksouriens claironnant qu’il a démantelé l’organisation politico-militaire FLN qui a servit d’appui aux méharistes rebelles.
Bigeard prétend même que son action a été prémonitoire, puisque il, l’organisation politico-militaire FLN planifiait d’éliminer tous les cadres FLN du centre de Timimoun.
Le 21, enfin, le groupe des méharistes ALN est repéré à Hassi Rambou. Aussitôt, c’est le branle-bas de combat : toutes les forces sont dirigés sur ce point .Le centre de radio de Timimoun est chargé de recevoir et de transmettre à la minute près l’évolution de la situation aux « autorités supérieures » à Alger et à Paris .
Timimoun 1
Bigeard dirige les opérations : Il faut clouer les rebelles sur place et leur couper toute possibilité de retraite vers le nord. Vers 9 heurs du matin, toute la zone de Hassi Rambou est couverte de parachutistes et de véhicules blindés. Une multitude d’avions sillonnent le ciel et les hélicoptères crachent leurs couvées de commandos sur les dunes .Les premiers commandos tentent de s’approcher, très prudemment de l’oasis : elles sont reçus par le feu nourris des maquisards de l’ALN bien embusqués dans les maigres reliefs et végétation qu’offraient le voisinage de Hassi Rambou . « Les Fellaghas, se défendent avec force et courage » reconnaît Bigeard. Toutes la journée les vagues de parachutistes vont s’écraser contre le courage et la détermination des méharistes encerclés, décidés à vendre chèrement leurs peaux. « La bataille est dure, loin de toute centre urbain » ;
La nuit venue, les moudjahiddines purent décrocher et disparaître dans les profondeurs du désert. Le matin du 22 novembre, Bigeard ne peut que constater la disparition des maquisards de l’ALN. Dans ses mémoires, il triomphe pourtant : « Nous avons éliminé le premier groupe 52 fellaghas tués et parmi eux 20 des méharistes déserteurs ».Il reconnaît cependant les lourdes pertes subies par ses troupes en avouant « Nos pertes ont été malheureusement importantes : 12 tués et 8 blessés » .Parmi les tués, son son fidèle compagnon de toujours , meilleur ami, le sergent-chef Sentenac, le seul qu’évoquera plus tard Bigeard avec quelque émotion et larmes. L’ E.C.P.A.D. garde dans ses fonds les images de l’évacuation de morts et de blessés par Sikorski au cours de l’opération Timimoun en novembre 1957.
Les recherches continuent pour retrouver le reste du groupe ALN qui a pu décrocher. Toute la journée les avions et les hélicoptères battent le désert. En vain ; les maquisards se sont évanouis dans l’erg… les troupes de Bigeard découvre toutefois des caches d armes et d’approvisionnement et des archives qui révèlent l’existence de plus de 60 moudjahiddines
A Paris ou les informations ont été communiquées, c’est le triomphe. Tous les journaux ont font leurs unes ; France-Soir titre : « au coeur du Sahara, les commandos de Bigeard attaquent ! », le Figaro : « Au Sahara, en plein erg occidental, les parachutistes de Bigeard éliminent le groupe rebelle qui menaçait les pétroliers ». A Alger, l’Echo d’Alger : « Les parachutistes de Bigeard pourchassent les rebelles de Timimoun »
Timimoun II
Les moudjahiddines s’étaient retirés dans les plis de l’erg et se terraient comme ils pouvaient .Retraite difficile, car presque tous les dromadaires ont été abattus par les avions de Bigeard et il manquaient de vivres et surtout d’eau . Pour échapper à toutes les poursuites, ils décidèrent de s’enfoncer dans les profondeurs de l’impitoyable et inhumain erg occidental. Le Grand Erg occidental est un désert absolu de 80 000 km² dunes dans lequel aucune trace de vie n’est possible. Une fournaise la journée, un froid glacial la nuit …
C’était une décision suicidaire, mais dans cet océan de sable, personne ne peut les atteindre. Aucun homme ne peut résister aux conditions de vie du erg, aucun véhicule, fut-il le plus sophistiqué ne peut progresser dans ces dunes qui s’étendent sur des milliers de kilomètres et même les avions et les hélicoptères n’ont pas assez d’autonomie de vol pour s’y aventurer. C’est ce que constate Bigeard dans ses mémoires : « Les fellaghas ont parfaitement étudié leur retraite…Nul ne peut les atteindre dans ce désert de plus de 2000 km long sur 150 km de large. ». C’est encore les pétroliers qui vont venir à la rescousse de Bigeard, en lui proposant une de leur bases depuis longtemps abandonnée ,la base de Bou Khellalla en plein erg occidental , à 150 km au nord de Timimoun….Le 3 décembre , Bigeard s’installe à Boukhellala avec sa flotte d’avions et d’hélicoptères , ses réserves en vivres et en carburant si précieux pour les avions .Le ratissage commença la journée même :un groupe suspect est signalé ,il s’agit paisibles nomades chaanbas et abandonnés dans l’immensité désertique .Ils sont quand même pilonnés par les hélicoptères de Bigeard …Mais pas traces des maquisards de l’ALN.
Le 4 décembre, les recherches se poursuivent avec plus d’intensité L’après-midi le camps des maquisards est repéré. .Aussitôt les avions bombardent la zone suspecte, les hélicoptères crachent des centaines parachutistes .On découvre des caches de vivres, des réserves d’eau et de l’habillement. Une unité de légionnaires arrive à accrocher les fugitifs, mais ces derniers parviennent à passer entre les mailles du filet et disparaître de nouveau dans le erg.
Le 5 décembre les maquisards sont de nouveau accrochés, ils parviennent encore une fois à décrocher. Un hélicoptère est abattu. Les recherches continuent. Une tempête de sable vient compliquer les opérations et donner quelque répit aux maquisards. Le 7 décembre, Bigeard fait le point de la situation : Les parachutistes sont épuisés, les avions multiplient leurs heures de vol, les quelques hélicoptères encore valides ne peuvent résister à la tempête de sable qui persiste
Le 7 décembre, les maquisards sont de nouveau repérés. Bigeard ameute ses troupes et ses avions .Parfaitement encerclés, acculés, probablement à cours d’eau, de vives et de munitions, les maquisards font face .L’affrontement est terrible : « Les balles sifflent de tous cotés, les grenades explosent, c’est un affrontement des plus farouches » reconnaît Bigeard dans ses mémoires .L’affrontement dura toute la journée. Puis vint la nuit, « une chape de silence enveloppa brusquement le erg, le silence terrifiant du dessert »se souvient Bigeard dans ses mémoires ….la bataille est terminée…Pour Bigeard qui arrête son bilan : «45 rebelles abattus, 6 prisonniers 60 armes récupérés, 13 tonnes de produits alimentaire, une grande partie des méharistes déserteurs parmi les rebelles abattus, une grande quantité d’archives, 800 kg de munitions ».Mais , même en utilisant tous les artifices de la langue française, Bigeard ne peut cacher dans ses mémoires la débâcle subie. « Je m’affalais, prostré, sur le sable au cœur de cette océan de sable. Dans la nuit noire, j’entendis le vrombissement d’un hélicoptère, je m’enquis par radio, c’était mon ami Berni qui tentait de récupérer les blessés. S’il s’aventure à atterrir en plein nuit sur ces dunes, il va être en grand danger, je lui ordonnai donc de renter à la base : les blessés attendront ! » Le lendemain Bigeard put constater, au grand jour, l’étendue de la débâcle : « c’est la grande confusion ! » Écrit-il « 4 hélicoptères sont dans la nature, les unités sont dispersés, certaines à des centaines de mètres, les réserves de vivres et d’eau épuisées». Dans cet ultime effort, dans cette dernière bataille, Bigeard avait épuisé tous ces grands moyens matériel et humain. Certes il avait réussit à éliminer 45 rebelles, mais ces rebelles s’étaient volontairement sacrifiés pour couvrir la retraite de leurs compagnons qui avaient profité de la nuit pour s’éclipser et Bigeard ne disposait plus de moyens pour les poursuivre.
Les moudjahiddines avaient triomphé de Bigeard et de ses moyens matériels sophistiques !
Arrestation et mort de Harka Mustafa
Bigeard consacra ses derniers efforts à rassembler et à évacuer vers Timimoun les débris de son armée. Il confia toutefois aussitôt les informations et les archives qu’il avait collectées au 2eme bureau français chargé de centraliser les informations venant des régiments et de les exploiter. C’est ainsi que commença une phase d’arrestations et c’est ainsi que Harkati Mustapha fut arrêté. Wili Conradi , legionnaire de la 3eme Compagnie Saharienne Porté de la Légion Etrangère) se rappelle : « Etant Legionair dans le service Françaises à cette époque, j’été situé á El Golea en ce temps. Je me souvienne que la gendarmerie F. avait arrêté un jeune homme, soi disant un journaliste Algérien, supposé FLN, qui devait endurer l’interrogatoire de la gendarmerie »
Les gendarmes français réalisent qu’ils ont arrêté un gros ponte de la rébellion dans le sud , aussi , d’apres le legiuonnaire Conradi , Harkati Mustapha « a été en suite, soumis au détention de la Compagnie de la Légion. (3emme Compagnie Saharienne Porté de la Légion Etrangère)
Le colonel Katz, commandant des territoires militaires de Ghardaïa et de Laghouat avise ses supérieurs et le 26 novembre 1957, c’est Raoul Salan, le chef d’état-major des armées qui se rend à El Golea. Il y est reçu par le colonel Katz et Charles Kleinkenecht, Administrateur des Services civils de l'Algérie (E.R.) et Sous-préfet de Ghardaïa (Oasis) -. Ensemble, ils rendent visite aux légionnaires du 2ème R.E.C. qui retiennent dans leurs geôles le jeune Harkati Mustapha.
On ne sait ce qui se passa, toujours est-il que le jeune Harkati Mustapha est affreusement torturé durant de longs jours et d’interminables nuits. Il se fit un point d’honneur de résister à la gagne et autres supplices. Et le 2 janvier 1958, il est assassiné par les légionnaires sur la place publique à El Golea. (La place centrale de la ville porte actuellement son nom). Willi Conradi temoigne « par l’ordre supérieure, le détenu à été abattu par la sentinelle en sortant de sa arrestation. Il a été lâché semblant libre, rien que pour l’exécuté soi disant en fuite ». Les légionnaires du colonel Jean-Pierre excellaient en effet dans l’execution des « corvée de bois ».
D’autres militants sont assassinés à El Golea .Philippe JEAN qui travaillait à la Cie des Pétroles d'Algérie (actuellement Total) El-Goléa en janvier 1958 témoigne « nombreux morts parmi les proches des indépendantistes comme un coiffeur abattu après une garde à vue ou un boulanger mort des suites de tortures »
A 72 ans , menant sa vie de retraité dons son Allemagne , le legionnaire Wili Conradi avoue dans son mauvais français : « je n’ai jamais été fier d’avoir été dans la Légion, à cause des affaires privé á l’époque.
Les conséquences de la bataille deTimimoun :
Les conséquences de cette bataille du désert furent déterminantes. Le Sahara faisait irruption dans les sphères médiatiques et diplomatiques non plus seulement avec son pétrole mais avec ses attentats et ses batailles. Aux yeux du monde, Le Sahara n’était pas ce désert paisible dont la France voulait faire une mer intérieure dans le cadre la mystificatrice OCRS. Ses habitants se revendiquaient algériens par la force des armes. Avec l’affirmation avec force du refus de la balkanisation de l’Algérie. Max Lejeune , le « ministre du Sahara » pouvait claironner à l’ « « Assemblée de l’Union Française qu’ « il n’y a pas de front saharien », l’ O.C.R.S avait désormais du plomb dans l’aile . Quelques jours plus tard , le leader mauritanien Mokhtar Ould Dadah refusa l’adhésion de son pays à l’OCRS (Organisation Commune des régions Sahariennes) « pour ne pas poignarder dans le dos de l’Algérie combattante ». En Avril 1958, huit pays africains condamnent à la conférence d’Accra l’impérialisme français. En 1958, le GPRA, réussit pour la première fois, à introduire dans l’agenda des Nations unies la question algérienne, ce qui représenta un franc succès pour la diplomatie algérienne
Harkati Mustapha et les hommes qui sont morts dans le erg ,et qui ont pour noms Hanani Ali , Mohamed Ben Dahmane,Kaddour Beddiaf,Hamida Ben Laagoun,Abdelkader Kahlouche , Mohamed Ben Dahmane ,pour ceux dont on retenu les noms méritent une commémoration digne du sacrifice qu’ils ont consentit pour l’Algérie
L’histoire de ces héros du Sud reste malheureusement méconnue.
HANI Abdelkader
Université de Sidi Bel Abbes
Hanikader2003@yahoo.fr
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