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Faten Ifrikya Hayed
L’actualité de 2010 aura du groove, elle sera torride et contagieuse. Je me permets de mon petit point géographique, néanmoins africain, de la décortiquer en ligne pour l’afriblogosphère!

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OMRY : Le jazz intelligent
Publié le : 13/12/2009 13:39:30
Bas de page
Sans chercher dans des modes de jeu spéciaux ni user des effets électroniques, Pierrick Pedron a offert une prestation, jeudi dernier, à la fois enfiévrée et salutaire pour les amateurs de jazz d’Alger. Vous n’imaginez pas tout ce qu’il est possible de faire avec un saxophone !

Beaucoup de personnes s’efforcent de comprendre le jazz de Pierrick Pedron, les définitions sont vaines et nocives. Qu’est-ce que le jazz de Pierrick Pedron ? Une réponse dans la bouche d’André Coeuroy qui parle de jazz globalement, cependant, ses mots vont très bien au Jazz Pedron «Il est vie. Il est art. Il est ivresse des sons et des bruits. Il est joie animale des mouvements souples. Il est mélancolie des passions. Il est, nous d'aujourd'hui.»
C’est la définition la plus vraie, la plus humaine qu’on puisse donner. Sinon, vous pouvez aller voir le spectacle OMRY et vous faire une idée. Après son album Deep in a dream de 2006 (Nocturne) j’avais très peur d’être déçue. J’étais figée sur cet album enregistré à New York avec au piano Mulgrew Miller, à la basse Thomas Bramerie et à la batterie Lewis Nash. C’est le genre d’album tellement culte, que vous pouvez passer cinq mois à l’écouter en boucle sans que cela ne dérange. Savoir se renouveler est la plus grande qualité d’un jazzman. Miles Davis est le seul (à mon avis) à avoir réussi. Pierrick Pedron, croyez moi ou non, le fait sans la parano d’un Miles en furie.
En dépit de la salle de spectacle algéroise, limite a boycotté, le spectacle s’est déroulé dans de bonnes conditions, quoique Delphine, ingénieur du son, aurait deux ou trois conseils a donné au staff local, ce qui serait bénéfique ! Les musiciens d’OMRY sont un mixage de plusieurs compétences, qui met en relief cette osmose propre aux musiciens de jazz. Sens mélodique sans l’excessivité des improvisations, solo de piano éloigné des tensions qu’on retrouve souvent dans les concerts, une énergie prodiguée avec intelligence. Pierre, le pianiste n’est pas si loin du sprinter Antonio Farao. L’émoi découle plus encore de sa rigueur et sa prise de parole musicale au moment opportun. Il exécute avec un doigté juvénile laissant les yeux imaginer des notes dans l’air.
OMRY est un spectacle intime. Une confession subjective, une déclaration d’amour à une diva Oum Kaltoum, ou encore l’Astre de l’Orient. Pierrick Pedron découvre il y a quelques temps la chanteuse, il fut transporté par sa voix, sa musicalité et certainement sa sensibilité. Il en fait un album, un hommage. La chanteuse égyptienne qui, 35 ans après sa mort, reste certainement la plus grande star du monde arabe, allait au de-là de ce que le chant pouvait donner comme liberté. «Son répertoire allait du chant d'amour au chant spirituel. Elle s'adressait à tous et touchait aussi bien le citadin que le paysan, l'homme cultivé que l'illettré. Tout le peuple arabe était saisi par son chant» disait un certain Farouk Hosni.
Dans OMRY, il y a aussi un titre particulier OSSMAN, sans doute le plus doux. Un témoignage d’amour d’un père à son fils… une ornementation, non superficielle, attachante et attachée à la naissance d’un fils, du fils. Pierrick Pedron, circule entre des notes originales, remarquables, portées par «les joyeux parisiens». La montée en puissance n’est pas un exercice de style chez Pedron, elle est innée, renversante, variante et démonstrative. Pedron joue de la musique pour rendre compte de ce qu’il vit et ressent, comme les musiciens d’autrefois. Il travaille sur l’émotion conductrice vers d’autres émotions, une chaîne qui ne fini pas…c’est ce que j’aime.
OMRY est définitivement une belle rencontre musicale et transcendante qui laisse volontairement des empreintes sur le sillage de la vie…OMRY.



Témoignages du public
-Sofiane, 26 ans étudiant : « je connais très bien la musique de Pierrick Pedron et de son ensemble. Ils ne sont pas inconnus du public algérien. Cette soirée est très belle, des concerts de cette qualité manquent cruellement. »
-Ahmed, 19 ans musicien : «Le guitariste m’a vraiment donné la chair de poule, c’est normal de la part d’un homme ?» (Rire)
-Lamia, 35 ans directrice de communication : «Je suis étonnée et émerveillée, le batteur était tout simplement génial. Je ne connais rien au jazz, mais dés ce soir, je m’y mets !»
-Ludovic, 31ans cadre : «A la fin, le public a demandé un dernier titre au groupe, c’est positif non ?» (Rire)
-Sidali, 55 ans musicien de chaabi : «Grâce au tapage médiatique fait pour ce concert, je n’ai pas hésité entre le festival de rock de ce soir et le concert de Pierrick Pedron. Espérant qu’on a fait honneur aux artistes.»
-Samia, 47 ans avocate à la Cour suprême d’Alger : «mon fils m’a trainé avec ses copains au concert, je ne voulais pas y aller…quand je pense que j’ai failli rater. Le CCF ne dénigre pas le public algérien, on est toujours surpris pas les artistes qu’ils invitent, chapeau aux organisateurs !»
-Sarah, 23 ans libraire : «J’ai assisté à leur premier concert il y a moins de deux ans, je l’ai vu en France lors d’un festival…je trouve que le show de ce soir m’a transporté. Mon souhait ? Une tournée dans toutes les villes d’Algérie.
- Kader, 36 ans journaliste : «beau concert, j’aime ce mélange musical subtilement distiller.»

OMRY
Pierrick Pedron : Sax Alto
Chris De Pauw : Guitares
Laurent Coq : Fender Rhodes / Piano
Vincent Artaud : Basse
Franck Agulhon : Batterie
Fabrice Moreau : Batterie
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