Black ! C'est comme cela, qu'on les appelle dans leurs quartiers des faubourgs dits des banlieux d'Île-de-France. Banlieusards, et " banlieusiens ". À l'opposé des banlieues chics, très chics, caviardes et riches, de Saint Germain en Laye, de Versailles, de Boulogne Billancourt… banlieues pavillonnaires aux clôtures sécrètes, aux jardins, lacs et promenades dominicales, nous avons la banlieue western.
La banlieue western de paris, c'est comme Abobo à Abidjan, c'est Poto-Poto du Congo, c'est l'ambiance de la Casbah d'Alger, c'est celui de Bab El-Oued etc. de ces villes chaudes, des villes à l'africaine d'ici et là. Habitants des Quartiers périphériques d’Iles de France ; souvent pommés qui entassent les familles venues d'horizons divers, familles nombreuses du " black-blanc-beur "…qui cultivent in fine, le Banlieusianisme.
Le banlieusianisme : un mode de vie à travers un parler cash et incompréhensible qui retourne l'estomac, " créole vivant " : le verlan, une expression bridée et hybride ; autre style : le vestimentaire " bad " ou " baggy ", les filles aux culottes courtes, voir sans culottes aux nombrils à l'air. La " philosophie banlieusarde, c'est l'extrême limite, la contestation, les célébrations annuelles folles des grandes fêtes et le grand bûché de fin d'année : les voitures braisées.
L'image d'épinale des cités dortoirs et Hlm, ce sont, les règlements de comptes faciles et la pauvreté. Beaucoup de pauvreté intellectuelle, morales et matériels : le désert In fine.
Tous autant qu'ils sont, baignent dans le rêve inachevé, le cauchemar, la grande frustration.
" Frustrés de tout Monde rassemblons-nous ! ", frustrés métropolitains, français moyens, français demi-soldes, français de… non plus, d'" en bas ", mais de sous-sol.
Quartiers " westerns ", les immeubles dans un urbanisme surréaliste, délabré ; au cœur d'une jeunesse en perte de vitesse, désœuvrée, en manque d'inspirations et de repères ; une jeunesse livrée à elle-même. Une jeunesse des rodéo-motos, des violences à répétition, des cages d'escaliers encombrés, des vols…du racisme, de l'intolérance, du chômage, du Rmi, de l'exclusion… de la police et de Zonzon la prison.
Ce sont les zones comme on dit ici, sensibles ou rouges, le lieu des " zonards " exclus et à côté de la " plaque ", le lieu des injustices sociales. Ici on recrée parfois, Harlem, Brooklyn et Bronx, avec des tags et graffitis sur les murs, des attitudes empruntées, la sono sur l'épaule un peigne dans des cheveux Afro, un pantalon large comme le trottoir qui, avec des étiquettes, des marques, beaucoup de marques…qui avec des panneaux de marques déposées, la publicité ambulante et gratuite, le regard vide et perdu dans le vide. Cela sonne Seine Saint-Denis, Sarcelle, les Mureaux " rive droite ", Meaux, Cergy...
Et pourtant !
Pourtant il y a la vie dans la Cité! Des jeunes s'accrochent et veulent percer la curasse de l'autre scène, l'autre Seine, l'autre Rive. Dans cette catégorie on se refuse à regarder 24 heures sur 24 les fastes à la Télévision, de la Télé-Réalité, de la Star Ac, et injurier à la longueur de journée en traitant les acteurs de " sales putes " ou de " sales cons " : " eh Momo ! R'garde la sale pute…je t'jure sur la tête de ma vieille…comme ell'est grave ! La Chaudasse…trop graaave ! "
Voir et sentir Les fastes et les célébrations des voisins d'en face ; " les " Cisrats " (racistes en Verlan) ces égoïstes qui ont réussi, qui nous détestent autant et qui nous maintiennent en bas en fermant aussi hermétiquement la porte de la gloire et du travail surtout du travail " se disent-ils.
Des " petits grands frères " ont réussi, pourquoi pas nous se disent-ils. Il suffit d'un éclair un jour de galère pour faire croire à ceux qui pensaient que tout était perdu et que tout était joué, que rien n'est perdu, rien n'est joué. Ils ont vu leur copain Djamel Debbouze damner le pion aux grands de ce « monde », aux stars comme Barry White et ridiculiser Adriana Karembeu, ils ont vu Mohamed Dia sur le Plateau de Thierry Ardisson, ils ont vu Malamine Koné et sa marque Airness, ils ont vu leur anciens camarades de quartier à l'équipe de France de Football. Ils croient que le rêve est possible, ils veulent se réveiller, ils veulent défoncer la porte ou créer d'autres portes si les autres décidément persistent à leur rester fermées. Ils veulent aussi profiter de l'ouverture européenne puisqu'ils sont européens, profiter des Nouvelles frontières de la France. Des nouvelles technologies et réseaux de financement divers et multiformes. Ils ne veulent plus rester cloîtrés dans une banlieue pourrie. Ils veulent aussi vivre.