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la pouponnière des soeurs franciscaines de la médina
Publié le : 12/08/2010 17:53:31
Bas de page

Située à la Médina, derrière le commissariat de police, la pouponnière des Sœurs Franciscaines se perdrait dans l’anonymat dans une forêt de bâtisses avec lesquelles elle partage la même conception architecturale.
Le grincement du portail métallique vert rompt le silence. Une courette donne accès à un hall où on peut voir de petites sculptures de la Sainte Vierge et du Christ, de petits tableaux accrochés aux murs figurant Jésus-Christ ou l’iImmaculée Conception, une photographie du Pape Jean Paul II, souvenir de sa visite au Sénégal de février 1991. Deux jeunes filles sobrement vêtues font office de standardistes : elles accueillent les visiteurs qui sont priés de patienter sur des chaises en attendant d’accéder au bureau de la directrice religieuse attenant au hall.

A peine a-t-on franchi la porte vitrée du hall qu’on est accueilli par le piaillement des oiseaux qui ont élu domicile dans les feuillages et les branches des grands arbres sur la cour principale. Les escaliers qui mènent au premier étage donnent sur un couloir carrelé empli déjà de cris d’enfants qui se trouvent dans une salle au bout.

De petits lits servent de dortoirs aux enfants. Au bout du couloir, une barrière de protection empêche les enfants de 6 mois à 1 an de franchir le seuil de la salle de jeu. On est assailli par leurs cris intempestifs, mêlés à une musique douce, qui forment un joyeux tintamarre. Certains parmi les nourrissons rampent, d’autres s’essaient à la marche et s’agrippent à la barrière pour fouler cette zone inconnue que représente pour eux le couloir. Une ambiance presque identique règne au deuxième étage qui accueille les plus jeunes enfants, de un à six mois. Mais à ce niveau, les bébés sont tous couchés sur le dos ou sur le ventre, sur des tapis matelassés.

Attenantes aux escaliers, à l’autre bout du couloir, se trouvent une cuisine, une infirmerie et une salle où sont conservées les rations de nourriture.

Depuis sa fondation le 5 août 1955, la pouponnière a accueilli près de 5000 bébés. En 2008, les sœurs avaient recensés 3500 orphelins et cas sociaux, 102 enfants décédés, 512 petits pensionnaires du centre avaient fait l’objet de procédures d’adoption. Ils sont aujourd’hui près de 90 bouts de bois de Dieu dans cette structure administrée par Sœur Augustina. La soixantaine bien sonnée, cette infirmière diplômée d’Etat, d’origine espagnole porte bien son âge dans sa petite robe Vichy bleu clair. Depuis 1973, elle est dévouée à la cause humanitaire. Elle a séjourné dans de nombreux pays africains.

Affilié à la congrégation des Sœurs Franciscaines, l’orphelinat fonctionne en interne, elle est aidée en cela par des dons de personnes de bonne volonté et une petite subvention de l’Etat. A propos de l’utilisation de ces ressources, Sœur Augustina informe qu’elles servent à l’entretien des enfants, mais aussi à payer le personnel et les factures, notamment l’électricité. La pouponnière possède 6 machines dont 3 industrielles.

Pour bien s’occuper de ces chérubins, la structure s’est dotée de plusieurs services animés par un personnel qualifié et dévoué à la cause des enfants. Sœur Ilda, infirmière diplômée d’Etat d’origine suisse, est chargée des soins médicaux. « Je prodigue des soins aux bébés de 0 à 3 mois, je veille à leur bien-être avec affection et tendresse », confie t-elle. Elle supervise aussi le travail des 6 monitrices. Une autre soeur, Elvira a en charge la gestion des rations de nourriture. Les monitrices ont pour mission essentielle d’encadrer les 42 nounous réparties dans les deux étages.

Louise est monitrice - elle s’occupe aussi des prématurés. Elle travaille de 8 à 19 heures ; ainsi, elle surveille le travail des nounous : « Il s’agit de mener les bébés au bain, les faire manger, jouer avec eux », explique-t-elle.

Lors de notre visite, nous avons trouvé des jeunes filles qui de manière bénévole viennent régulièrement pour prodiguer des soins aux enfants. Les enfants pensionnaires de la pouponnière le sont en principe provisoirement. En effet, Sœur Augustina explique que la plupart des enfants sont orphelins de mère, ainsi ils sont confiés par leurs pères à qui il est demandé une participation symbolique de 10 000 francs. La structure accueille aussi des cas sociaux le temps que leurs parents aient les moyens de les reprendre. M. Bâ a confié son fils de 2 mois aux sœurs, il est convaincu que son enfant bénéficiera des meilleurs soins. « Sa mère est décédée à la naissance et je n’ai personne pour s’en occuper, aussi je le fais garder ici, avec l’intention de le reprendre dans une année ». Il ajoute qu’aucune charge ne lui incombe durant cette période, « même ses habits elles me les ont rendus ».

Pour les enfants abandonnés, l’objectif est de leur trouver des familles d’accueil. Cependant, cette procédure essentiellement judiciaire et policière n’incombe pas à l’administration de la structure. Mais la pouponnière travaille en accord avec le tribunal départemental de Dakar et le ministère de la Famille.

Les jeunes filles qui grandissent à la pouponnière bénéficient d’une formation pratique, et d’un enseignement théorique du niveau de la 4ème. Dans cette structure appelée Foyer Maria Goretti, il leur est inculqué des notions d’anatomie et de physiologie, des cours de français, d’anglais, de calcul, d’économie, d’histoire, de catéchèse et de lecture… Elles sont aussi initiées à la coupe, à la couture, la broderie, la cuisine, au tricotage, à la lingerie, et surtout la puériculture. Ainsi elles alternent une semaine en classe et une semaine de travail à la pouponnière. Le foyer reçoit aussi des jeunes filles de l’extérieur. Après la formation de 2 ans, les jeunes filles peuvent choisir de rester ou de travailler dans des familles selon leurs compétences. Les garçons sont pris en charges par les Sœurs jusqu’au collège, après ils sont confiés à des prêtres pour éventuellement poursuivre des études supérieures.

La pouponnière des Sœurs Fanciscaines a toujours œuvré pour l’accueil des enfants abandonnés, orphelins ou nécessiteux. Au vu de tout le travail accompli depuis sa fondation, et du peu de moyens dont elles disposent, il est aujourd’hui plus que jamais, impérieux que les autorités leur apportent soutien et assistance. De même un appel est lancé pour qu’il y ait davantage de personnes de bonne volonté pour l’octroi de dons qui contribuent à la prise en charge de la petite enfance. Ce qui pourrait contribuer à enrayer le phénomène de l’infanticide qui atteint des proportions inquiétantes.

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